Lecture #3

Trouvé par hasard à l’aéroport de Beyrouth, j’ai flashé sur la couverture de ce livre et le thème prometteur : la naissance du conflit entre les Sunnites et les Chiites. Sous la forme d’un roman commenté, Lesley Hazelton raconte les problèmes de désignation du calife après la mort du Prophète Muhammad. Je ne connaissais que les grandes lignes. J’ai dévoré ce livre qui m’a apporté de nombreuses connaissances précises sur cette période intense pour l’Islam.
Ce fut aussi une véritable boîte de Pandore qui a amené d’autres questions. Questions auxquelles j’ai en partie répondu grâce à la lecture qui fera l’objet du prochain article « Aïcha, la bien-aimée du Prophète ».

Lecture #2 – Le mariage de plaisir

Le mariage de plaisir ~ Tahar Ben Jelloun

Dans les années 50, Amir, un Marocain de Fès qui voyage régulièrement au Sénégal pour plusieurs mois pour son travail, a pour habitude de contracter là-bas un « mariage de plaisir », une sorte de mariage en CDD avec une Sénégalaise qu’il aime beaucoup. Après plusieurs années et plusieurs mariages de plaisir contractés, il décide d’officialiser cette relation, de faire de cette femme sa seconde femme et de la ramener à Fès. De cet amour naîtront des jumeaux, un noir et l’autre blanc.

Dans cette fresque familiale Tahar Ben Jelloun nous confronte aux questions de racisme présentes au Maroc à travers Amir et sa femme puis leurs enfants et leurs petits-enfants, chacun avec son rapport particulier à son identité et à son héritage selon sa couleur de peau.

Une belle claque et un gros coup de ❤️

Retrouvez-moi sur mon compte lecture IG (partagé avec une amie) : @carlota_amila

Lecture #1 – Soufi, mon amour

« Soufi, mon amour », Elif Shafak

 

Parmi mes petites manies, il y a celle de bien aimer lire « in situ ». Quand je suis en Egypte, j’aime bien lire des romans égyptiens, en France des romans français, bref t’as compris l’idée.

Je me gardais ce roman de côté depuis un moment, attendant le jour où j’allais aller à Istanbul. Ce fut chose faite en janvier dernier, d’où cette belle photo du roman devant Aya Sofia.

« Soufi, mon amour », c’est l’histoire d’une Américaine, Ella, qui après avoir tout donné pour sa famille, notamment ses enfants, désormais assez grands et autonomes, décide de reprendre une activité professionnelle et est embauchée dans une maison d’édition. Le premier roman qu’elle va avoir entre ses mains est un livre qui raconte la rencontre entre le poète Rumi et le célèbre derviche Shams.

La réelle histoire de ce livre n’est pas celle d’Ella mais bien celle de Rumi et Shams, et c’est une pépite. C’est une histoire sur l’amour sous toutes ses formes, sur la foi et sur le cheminement personnel de chacun, à tout âge et à toutes les époques.

A dévorer !

Passion bonnes sœurs

Sœur Emmanuelle

Cet été j’ai lu l’autobiographie de Sœur Emmanuelle « Confessions d’une religieuse » où elle raconte son entrée au couvent à l’âge de 20 ans, sa vie de religieuse, son métier d’enseignante qu’elle a exercé en Turquie, en Tunisie et en Egypte, les études qu’elle a suivies jusqu’à plus de cinquante ans (elle avait une licence de grec, une de latin, une de philosophie, etc.) et son expérience de près de 20 ans dans un bidonville du Caire à vivre au sein de cette communauté si particulière de la capitale égyptienne ainsi que le combat qu’elle a mené pendant toute cette période pour améliorer leurs conditions de vie.

Les Zabbaleens – Les Chiffonniers du Caire

La première fois où j’ai vraiment entendu parler du travail de Sœur Emmanuelle, c’est lorsque j’ai traversé ce bidonville que l’on appelle « Garbage City » pour aller visiter différentes églises situées près de ce quartier. C’est le quartier où les éboueurs du Caire ramènent les déchets, les trient, les recyclent et les revendent. La particularité de ce quartier c’est que les gens vivent au milieu de ces déchets. Ils sont partout. Autrefois ces éboueurs s’occupaient du ramassage des ordures de la ville du Caire mais en 2003 la municipalité décide de confier cette tâche à des compagnies étrangères. Cette décision a largement impacté la population des Zabbaleens pour laquelle le ramassage et le traitement des ordures représentent leur gagne-pain principal. La majorité des Zabbaleens sont coptes (environ 90%), la seconde activité principale est l’élevage et la vente de porcs. Or en 2009 le gouvernement, prétextant une épidémie de grippe aviaire, fait abattre une grosse partie de l’élevage de porcs du quartier. C’est un nouveau coup dur pour l’économie déjà très précaire du quartier.

C’est en 1971, au moment de sa retraite, que Sœur Emmanuelle décide de s’installer vivre avec les Chiffonniers. Elle va partager leur quotidien dans le bidonville et commencer son combat solidement aidée par Sœur Sara et autres personnes qui vont lui prêter main forte : accès à la santé, à l’éducation, moments de rencontre entre différentes confessions ou classes sociales, création d’un dispensaire, d’une école et de bâtiments en brique (les Chiffonniers vivaient alors dans des tentes ou des abris en tôle) et mise en lumière de la situation dans ce quartier, elle agit sur de nombreux fronts.

El Seed

C’est aussi ce quartier que l’artiste El Seed a voulu mettre en lumière grâce à son œuvre « Perception », une calligraphie qui s’étend sur différents bâtiments et qui se complète selon l’endroit où l’on se place pour l’admirer.

Cette œuvre est d’ailleurs la première image du documentaire « Trash Town » consacré à ce quartier et à ses habitants.

En savoir plus :

*Sœur Emmanuelle, sa vie et son association au Caire ASMAE

https://www.asmae.fr/soeur-emmanuelle/

 

*Les Zabbaleens

https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/en-direct-du-monde/en-direct-du-monde-dix-ans-apres-sa-mort-le-travail-engage-par-soeur-emmanuelle-se-poursuit-en-egypte_2987555.html

Taking A Peek of The Zabbaleen: The Garbage People of Cairo, Egypt

Une ville poubelle en Égypte (Éboueurs Zabbaleen)

Les Couleurs de la Russie

Après l’ode à mon automne russe, j’ai continué de revoir apparaitre les couleurs de la Russie dans ma tête jusqu’à aller fouiner dans mes photos pour en ressortir quelques unes de mes préférées.

 

Moscou

 

Saint-Pétersbourg


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Schizophrénie

Ces derniers jours, j’ai eu une forte envie de me retrouver en France. J’avais envie d’être dans les calmes et belles rues d’Avignon, de prendre un café dans mon café préféré, de manger une tartine Place des Corps Saints, de me promener en petite robe légère sans me soucier du regard des passants. J’ai cru un moment la dernière fois que j’ai quitté la France pour venir m’installer au Caire, que j’en avais fini avec ma vie française. Évidemment, les choses sont bien plus compliquées que ça. Je me sens chez moi en Égypte, c’est un pays que j’aime d’un amour passionnel, mais la France est aussi chez moi. Il y a des choses que j’adore et que je déteste dans les deux pays. C’est la difficulté de se sentir chez soi à deux endroits différents, ce sentiment de schizophrénie qui n’est pas toujours facile à gérer.

C’est vrai qu’aujourd’hui, après dix ans de voyage, je gère beaucoup mieux le manque et la vie « ailleurs », rien à voir avec la première fois que j’ai quitté mon chez moi à 20 ans pour aller vivre un an à Berlin. Depuis il y a eu la vie au Maroc, en Russie, en Égypte et en Palestine, et puis des tas de voyages qui m’ont fait grandir et me renforcer. N’empêche qu’il y a toujours ces petits moments où j’aimerais être ailleurs, là où se trouve la deuxième moitié de mon cœur d’artichaut. Il y a pourtant fort à parier que si j’étais en France actuellement, je souhaiterais certainement… être en Égypte ! 🙂 Mais ces moments ne durent pas, cette semaine quelques jours de cafard puis une invitation à diner dans une merveilleuse famille égyptienne, une discussion au soleil avec une amie, un repas sur le Nil avec une autre et les couleurs des immeubles cairotes me rappellent pourquoi je suis là, passionnément. 💛🍀

 

Ode à mon automne russe.

Il y a 5 ans à la même époque, je vivais à Moscou, en Russie. Je me faisais suivre jusqu’à chez moi le premier soir et je devais évacuer mon immeuble en pleine nuit en raison d’une alerte à la bombe, mais à part ça c’était cool 🙂 J’y ai rencontré des gens géniaux, j’allais danser dans cette boîte qui passait du rock des années 50 à aujourd’hui tous les samedis soir, je mangeais des tonnes de pancakes au diner le dimanche midi, je prenais toujours le même plaisir à me balader sur la Place Rouge et je regardais avec émerveillement la neige recouvrir la ville au début de l’hiver. Ce ne fût pas la période la plus facile de ma vie, Moscou a été une expérience compliquée, mais je ne regrette rien. Ode aux décisions trop rapides, aux changements de plan de dernière minute et aux erreurs, et merci la vie ❤

Palestine V // Bethléem et le mur de séparation

L’année dernière, j’ai passé Noël à Bethléem en Palestine. Bethléem serait la ville de naissance de Jésus, j’ai d’ailleurs pu visiter l’église de la Nativité et voir la grotte où il serait né. C’est une belle ville ancienne aux édifices religieux et bâtiments en pierre. C’était beau de se retrouver là le jour de Noël, voir des pèlerins du monde entier venir se recueillir.

Mais Bethléem est aussi une ville séparée en deux par un immense mur au milieu duquel trône un checkpoint qu’il faut parfois plusieurs heures aux voitures pour traverser. La tension dans la ville est forte et dans cette ville majoritairement chrétienne, ce sont parfois les églises qui permettent l’appel à la prière des musulmans lorsque les mosquées en sont dans l’incapacité.

Lors des quelques jours que j’ai passés à Bethléem, des manifestations avaient lieu devant le mur de séparation. Un homme déguisé en Père Noël était là et sonnait la cloche. Il y avait des manifestants, des journalistes… Cette période était particulièrement tendue en Palestine car juste après que Trump ait déclaré qu’il allait déménager l’ambassade américaine à Jérusalem et que cette dernière était la capitale d’Israël. En réponse aux manifestants, deux soldates israéliennes depuis leur tour de contrôle en haut du mur, lançaient des bombes assourdissantes. Certaines ont atterri sur le toit d’un taxi qui passait par là ou auprès d’un groupe d’enfants. Et elles, elles riaient.

La construction du mur de séparation entre Israël et la Palestine a débuté en 2000 lors de la seconde Intifada. Sa construction devait alors être une solution temporaire. La raison invoquée était la « sécurité » des Israéliens. Les Nations Unies ont déclaré le mur illégal et demandé l’arrêt de sa construction et le dédommagement aux Palestiniens. Mais rien n’est fait, et en 2017, une dizaine d’années après la fin de la seconde Intifada, le mur continue de s’étendre… A Bethléem, le mur est aux portes de la ville. Il est un lieu d’affrontements entre civils palestiniens et soldats israéliens. Il est aussi devenu un moyen d’expression pour des centaines de street artistes, rappelant ainsi le mur de Berlin. Ce détournement du but même du mur est controversé. Le street artiste Banksy, l’un des premiers à avoir graffé sur le mur, a raconté comment un Palestinien l’avait interpelé alors qu’il graffait sur le mur pour lui demander ce qu’il faisait. Banksy lui a répondu qu’il voulait rendre le mur beau, mais le Palestinien a rétorqué que ce mur était une chose horrible pour le pays et qu’il ne fallait pas le rendre beau. Et c’est vrai qu’à voir les touristes poser tout sourire devant le mur, il y a de quoi s’interroger. Peut-on faire une œuvre d’art d’une chose aussi laide et cruelle? Faire de l’art avec ce mur ne détourne-t-il pas son principal symbole : l’occupation de la Palestine par Israël ? Ou au contraire cela apporte-t-Il de l’attention sur ce qu’il se passe ici?

Mon préféré !

Un pas après l’autre.

Il y a quelques mois, je prenais la décision de repartir au Moyen-Orient pour une durée indéterminée, sans plan précis mais avec la volonté de m’écouter et de répondre au besoin que j’ai d’être dans cette région du monde.

Aujourd’hui, cela fait un mois que je suis revenue au Caire et l’arrivée à été plus dure que je ne l’aurais pensé. Pour la première fois, je reviens au Caire avec un projet à mettre en place. Finie l’insouciance des vacances, de toute façon je crois que je n’en suis plus capable. Au début j’ai pensé laisser tomber, fuir, ne pas m’engager et oublier. Mais je ne peux pas, quelque chose m’en empêche et aussi dur que ce soit de commencer ce nouveau chemin, je sens au fond de moi que c’est la bonne direction.

J’ai donc trouvé du travail, je vais être enseignante de français au Collège de la Mère de Dieu, je crois que c’est l’entre deux que je recherchais : un établissement à taille humaine et familial en plein centre-ville proche de la réalité cairote. Je me suis inscrite dans une école d’arabe et j’ai trouvé un prof de oud. J’ai rencontré de nouvelles personnes qui sont au Caire pour les mêmes raisons que moi et qui me donnent espoir.

J’ai aussi retrouvé mes amis cairotes, ceux que je connais depuis des années. Jamais je ne les ai trouvés aussi fatigués et aussi las. En un an la situation s’est énormément aggravée en Égypte. Tout est plus cher (sauf les salaires) et même la classe moyenne se retrouve avec la corde au cou. Le gouvernement continue d’arrêter et d’emprisonner de manière très aléatoire tous ceux qui se, ou pourraient, s’opposer au régime (il n’y a qu’à voir la blague qu’ont été les élections au printemps dernier). Pas d’argent, pas de droits, pas de libertés, pas d’espoir. Tous pensent à partir, pour essayer ailleurs, avoir au moins la possibilité de goûter un peu à la liberté. Ils savent que la vie n’est pas rose en Europe mais ici il n’y a rien.

Alors que faire ? Je ne sais pas, je n’ai pas de réponse. Continuer de se battre, trouver de nouveaux moyens. Cette année, j’apprends à être patiente et à réfréner mes envies de prendre mon sac-à-dos pour partir en trip solo à l’autre bout de la planète. Mais je sais que c’est pour le mieux. Mettre un pied devant l’autre et faire un pas après l’autre, pour me permettre de construire mon nouveau projet. Être patiente pour me reconstruire. Et ça ira, Inshallah.

Graffiti par l’artiste Elna2ash, dans un de mes cafés préférés Al Bustan, Le Caire.

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Palestine IV // Al Khalil (Hébron)

Je n’ai passé que 2 jours dans la ville de El Khalil et pourtant j’y ai ressenti tout un tas d’émotions. J’entendais parler de cette ville depuis mon arrivée en Palestine et je ne cessais d’être mise en garde sur le degré de tensions présent là-bas. La Palestine est déjà en soi une prison à ciel ouvert mais à El Khalil, le sentiment d’étouffement est à son comble.

Fin janvier, j’ai quitté Ramallah en bus un dimanche après-midi. Je suis passée comme maintes fois avant cela devant le checkpoint de Kalandia, celui qui mène à Jérusalem, j’ai traversé Bethléem, circulé dans les montagnes avant d’arriver en fin de soirée à El Khalil. Je suis la dernière passagère dans le bus et le conducteur me dépose près d’une mosquée où je vais rejoindre Mohamed, l’un des volontaires d’une association palestinienne. L’objectif des associations palestiniennes de cette ville est de venir en aide aux familles pour les aider à rester à Al Khalil. Le but des colons étant de s’étendre, ils usent de tous les moyens pour pousser les Palestiniens à quitter leur maison afin de pouvoir ensuite s’en emparer et gagner du territoire. La situation est la même partout en Palestine mais elle est particulièrement grave à Al Khalil.

Je suis un peu en retard, le tour politique du soir a commencé, je les attrape au passage. La visite consiste à nous montrer depuis les hauteurs les différentes parties de la ville, où comment elle a été morcelée et comment cela a résulté en une véritable ségrégation entre Palestiniens et Israéliens au sein même de la ville. A un moment-donné, on tombe devant le bureau de je ne sais quel groupe israélien, 2 colons sont à l’extérieur. En nous voyant, les 2 colons commencent à nous insulter et à diriger des gros faisceaux de lumière sur nous pour empêcher le tour de se dérouler normalement. Puis nous allons rendre visite à une famille qui vit près d’une prison israélienne et qui sont régulièrement victimes d’agressions. Comme d’habitude, malgré la gravité de la discussion, tout le monde blague, sourie, propose un thé, des fruits, des biscuits. Pourtant cette famille a vécu l’enfer, elle survit en partie grâce à l’association. En rentrant au centre de l’association ce soir-là où je serai hébergé pour ces 2 jours, je suis épuisée. Il y a quelque chose de lourd ans l’air, et j’ai les témoignages de cette famille qui tournent en boucle dans ma tête.

Le lendemain, nous nous rendons dans le centre-ville pour la suite du tour politique. Pour rejoindre le centre-ville, il faut passer l’un des innombrables checkpoints de la ville que des centaines de personnes doivent franchir quotidiennement. Il faut parfois attendre des heures et bon nombre de Palestiniens subissent des insultes et des humiliations permanentes.

On passe un premier checkpoint et très vite on comprend que quelque chose cloche vraiment dans cette ville. La colonisation est ici visible partout : il y a par exemple la rue Shohada qui a été fermée, isolant ainsi une partie de la population. Les associations luttent pour la réouverture de cette rue. Dans une autre rue plus loin, au dessus de la ruelle entre 2 bâtiments, un grillage protège les habitants des ordures jetées par les colons israéliens qui vivent au dessus sur les passants palestiniens.

Mais le plus impressionnant dans la ville, c’est qu’il n’y a plus grand monde. Ce n’est pas pour rien que l’on appelle Al Khalil « Ghost Town » (« La ville fantôme »). Humiliations, violences, arrestations arbitraires, évictions de leur maison, fermeture des épiceries et autres boutiques, la vie des Palestiniens est devenue un enfer et beaucoup n’ont eu d’autre choix que de fuir.

Les maisons récupérées par les Israéliens sont marquées d’une croix de David. Une façon de faire étrange qui ne peut que rappeler comment les maisons des Juifs et les Juifs eux-mêmes étaient marqués de cette croix de David pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Le tour politique s’arrête lorsque nous arrivons à une partie de la ville où Mohamed ne peut pas aller. En effet toute une partie de la ville est interdite d’accès aux Palestiniens. Il nous invite pourtant à continuer pour voir le quartier.

Un soldat israélien se joint à un autre tour politique…

Après avoir fini le tour, je suis allée visiter la mosquée qui abrite le tombeau des Patriarches, c’est-à-dire le tombeau d’Abraham ou Ibrahim, le père fondateur des 3 religions monothéistes. En 1994, pendant la prière du vendredi du mois de Ramadan, un colon israélien est entré dans la mosquée et a tué 29 Palestiniens et en a blessé 125 autres. La mosquée a été fermée pendant 8 mois et, à sa réouverture, les Palestiniens ont pu découvrir que quasiment la moitié de la mosquée avait été transformée en synagogue. Désormais il y a 2 entrées pour le bâtiment : une pour les Musulmans et une pour les Juifs. L’entrée pour les Juifs n’est réservée qu’aux Juifs et celle pour les Musulmans est « protégée » par les Israéliens via un nouveau checkpoint. J’ai vu de nombreux Palestiniens devoir se soumettre à des contrôles de sécurité stricte avant de pouvoir se rendre dans leur lieu de culte.

Après ce tour riche en émotions, il était bon de rentrer au centre de l’association et d’y retrouver tous les volontaires autour du feu préparé dans la cour. Comme la veille, tout le monde parlait, écoutait de la musique arabe, riait. Ce soir-là, j’ai préparé un koshary (un plat traditionnel égyptien) pour tout le monde. Je ne crois pas que tout le monde est aimé mais ils ont apprécié le geste, c’est déjà ça ! Les rires et l’espoir malgré la haine à quelques pas. Juste derrière le centre, c’est un quartier entier qui a été colonisé. Les Palestiniens ont été expulsés de leur maison par la force en même temps que des familles israéliennes s’y installaient, les affaires des anciens propriétaires parfois encore à l’intérieur. Si on fait le tour du centre, on voit ces maisons depuis l’arrière et les 2 soldats qui les protègent jour et nuit. Parfois dans la nuit, ils viennent toquer sur les portes et les fenêtres du centre. Ce dernier a même déjà été cambriolé par les soldats.

 

Pendant mon court séjour à Al Khalil, j’ai eu la chance de rencontrer Esraa avec qui je me suis très vite liée d’amitié. Esraa est une Suissesse d’origine égyptienne qui vient régulièrement en Palestine. Cette fois-ci, elle était volontaire dans l’association afin d’aider pour les tours politiques ainsi qu’à la mise en place des différentes campagnes. Elle a publié sur FB 4 portraits d’habitants d’Al Khalil que j’ai voulu partager ici avec son accord. Shokran ya hbibti Esraa <3

 

Youssef, 14

« I want to become a doctor one day. School can be hard sometimes. The other day, the Israeli army entered our school so the teachers sent us home after the third lesson. We are used to smell teargas or hear sound bombs while studying. Still, I would never leave Palestine. It’s where home is. »

“Je veux devenir docteur un jour. C’est parfois dur l’école. L’autre jour, l’armée israélienne a encerclé notre école, du coup les professeurs nous ont renvoyés chez nous après le troisième cours. On est habitués à sentir l’odeur des bombes lacrymogènes ou à entendre des bombes pendant qu’on étudie. Mais peu importe, je ne voudrais jamais quitter la Palestine. C’est chez moi ici. »

 

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Aysha, 12

“It’s different for girls to live here. Girls my age in other countries can go play outside, meet their friends without worrying that they might get hurt by a settler or a soldier. I dream of becoming a teacher, having a family and that one day it will all be over like a bad dream. Maybe I will have a girl that can go play outside. But for now, what can I do, I’m 12.”

« C’est différent pour les filles qui vivent ici. Dans les autres pays, les filles de mon âge peuvent sortir jouer dehors, elles peuvent voir leurs amis sans avoir peur d’être agressées par un colon ou un soldat. Je rêve de devenir professeur, d’avoir une famille et qu’un jour tout cela sera terminé, comme un cauchemar. Peut-être qu’un jour j’aurai une fille qui pourra jouer dehors. Mais pour l’instant qu’est-ce que je peux faire ? Je n’ai que 12 ans. »

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Mohammed, 21

« My father is sentenced to 727 years in prison. Yes, for over 700 years. He was arrested during the second intifada in year 2000. I was allowed to visit him until I was 14, so I haven’t seen him for the past 7 years. My mother is a very strong woman, she did everything for us. It’s difficult but I was born into these circumstances. Well, this is Palestine. »

Mon père a été condamné à 727 années de prison. Oui, plus de 700 ans. Il a été arrêté pendant la seconde Intifada en 2000. J’ai eu le droit de lui rendre visite jusqu’à mes 14 ans, donc ça fait 7 ans que je ne l’ai pas vu. Ma mère est une femme très forte, elle a tout fait pour nous. C’est dur, mais c’est dans ce contexte que je suis né. Voilà, c’est ça la Palestine. »

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Mohammed, 82

« See, I don’t have many neighbours anymore. The shops were closed, the people were forced to leave their homes. I know I have to keep my home safe. I pray to stay alive just so they don’t take it.
If god is willing, the world will see the truth before I die. And if not, it’s good to know that I resisted until my last breath. »

“Vous savez, je n’ai plus beaucoup de voisins. Les magasins ont été fermés, les gens ont été forcés de quitter leur maison. Je sais que je dois protéger ma maison. Je prie de rester en vie juste pour qu’ils ne la prennent pas. Si Dieu le veut, le monde verra la vérité avant que je ne meure. Et sinon, c’est bon de savoir que j’aurai résisté jusqu’à mon dernier souffle. »

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